STUDIO : SUPPORT :
CINEVEGA / G.P.I. DVD ZONE 2 PAL (FRANCE)
ORIGINE : EDITEUR :
ITALIE / 1986 NEO PUBLISHING
GENRE : VIDEO :
AMAZONIA LA JUNGLE BLONDE FORMAT 1.85:1 — 16/9
INTERPRETATION : AUDIO :
ELVIRE AUDREY, NEAL BERGER... FRANCAIS / ANGLAIS : DD MONO
RÉALISATION : SOUS-TITRES :
MARIO GARIAZZO (ROY GARRETT) FRANCAIS
DUREE : BONUS :
86 MIN. BANDE-ANNONCE, FILMOGRAPHIES
Résumé : Alors qu'ellle comparait en justice pour le meurtre de son oncle et sa tante, Catherine Miles explique à la cour comment le drame s'est déroulé. Passant des vacances en Amazonie, elle et ses parents se sont fait agresser par des indigènes. Evannouie, c'est lorsqu'elle reprend connaissance qu'elle aperçoit ses géniteurs inanimés se faisant trancher la tête par la tribu. Captive, elle devient l'esclave des sauvages et subit toutes les humiliations. Mais, dans son coeur, seul le désir de vengeance subsiste, et les sauvages ne sont pas forcement ce que l'on croit.
Toute chronique qui se respecte sur un film de cannibales se doit de resituer l'½uvre en question à l'intérieur d'un genre plus vaste : le film de jungle. Cette généalogie toute en végétation touffue et stock shots criants s'impose d'elle-même en ce qui concerne Amazonia – L'esclave Blonde, dans la mesure où nul festin anthropophage ne vient pimenter les péripéties de son héroïne. Ce qui n'empêche nullement Neo Publishing de l'inclure sans vergogne dans sa « Cannibales Anthologie » à la suite du Dernier Monde Cannibale (Deodato déjà extrême trois ans avant Cannibal Holocaust), de Cannibal Ferox (qui mériterait le label Eurociné si ce n'était les effets de maquillages) et avant Cannibalis – Au pays de l'Exorcisme (un intérêt historique certain et le support DVD sauveront-ils ce Lenzi sous tranxène ?).
L'inquiétant personnage au masque blanc ornant le fourreau cartonné de cette édition est bien un mangeur d'hommes mais il n'apparaît que le temps de connaître, ironie du sort, un trépas végétalien, étouffé par une motte de terre ! Exempt de scènes de cannibalisme, L'Esclave Blonde affiche néanmoins une telle fidélité aux canons du genre, encore accentuée par l'influence sensationnaliste et musicale de Cannibal Holocaust, que l'amalgame en deviendrait presque pardonnable.
Catherine Miles fait ses études à Londres et passe ses vacances en Amazonie avec ses parents. A peine soufflées les bougies de ses dix-huit printemps, elle embarque avec eux pour un périple fluvial qui tournera au massacre. Papa aura juste le temps de lui prodiguer une édifiante leçon de vie avant que la petite famille ne s'effondre victime de fléchettes bien ajustées. L'½il crevé de maman ouvre les festivités gore de la bande. Lorsque Catherine recouvre ses esprits, elle assiste à la décollation de ses parents par de fiers mâles de la tribu des Guaynira. Les braves préfèrent laisser sa tête blonde à son emplacement naturel pour mieux « l'adopter » et en faire la possession d 'Umukai. Dépucelage à la tige, châtiments à base de visage enduit de miel offert à la voracité des insectes, exposition permanente des têtes des géniteurs, embuscade des Tamuli – nos fameux cannibales aux dents élimées –, inévitables scènes de la chaîne alimentaire animale, deviendront son lot quotidien. Maître et esclave finiront par s'éprendre l'un de l'autre non sans quelques difficultés d'acclimatation pour cette dernière. La frontière entre civilisation et barbarie n'aura de cesse de se brouiller, d'autant qu'entre une chasse à l'homme menée en hélicoptère, la révélation de l'identité des véritables assassins des parents et la quête vengeresse qui en découlera, les actes de sauvagerie jalonnant la deuxième partie du métrage seront tous perpétrés par des Blancs.
Mario Gariazzo se fait fort de nous conter une histoire vraie, comme aime à nous le rappeler une voix-off masculine assez Mondo dans le ton – Prosperi est à la plume –, les scènes du procès de la blonde revancharde et un plan prétendument « dérobé » de l'authentique Catherine Miles en prison. Pour autant, son souci de réalisme ne va pas jusqu'à s'engager dans une réalisation faussement documentaire, parti pris de Deodato dans la deuxième moitié de son classique. Pas de film dans le film ici, nous avons affaire à un film de jungle dans la norme (du genre, s'entend). De même, son exploitation de la violence gore déçoit quelque peu par son traitement conventionnel : suffisamment explicite pour être efficace, elle est en contrepartie rendue elliptique par un montage serré. Nous sommes loin de Deodato, qui dans Cannibal Holocaust et Amazonia : L'esclave blonde s'attachait à restituer à les sévices dans leur intégralité et leur crudité.
La roublardise mercantile et la violence de cette oeuvrette ne constituent heureusement pas son intérêt premier qui serait plutôt à chercher du coté d'un parcours initiatique énoncé avec une désarmante naïveté. L'itinéraire de Catherine est celui de la dissolution des repères, de la perte de l'innocence, de la découverte de l'altérité et de l'amour. Le tout transposé dans un environnement extrême, et souligné au crayon gras. « (...) les lieux merveilleux de [son] enfance, (...) l'immense paradis vert où [elle] pouvait courir librement et 'amusait comme [elle] l'entendait », ce parc tropical pour enfant gâtée, se révè- lent être l'endroit où les faux-semblants se dévoilent et les êtres se révèlent à eux-mêmes. Les masques tombent (trahison des siens), les valeurs sont remises en question (Catherine intègre la tribu, réfléchit sur ses rites, ira jusqu'à reprendre ses codes pour infliger son châtiment), les barrières morales vacillent à travers la révélation de la sauvagerie inhérente à chacun (vengeance !). L' Autre surgit dans toute sa barbarie (trophées humains, supplices divers régis par la coutume) avant que ne soit acceptée son humanité via sa souffrance (Catherine soignant la blessure d'un homme de la tribu) ou sa capacité à aimer (le suicide romantique d' Umukai déchiré entre tradition et sentiments).
Il se serait aisé de se gausser de la façon grossière dont cette morale nous est exposée, de crier à la bonne conscience d'un cinéma d'exploitation tentant de se racheter une conduite tout en livrant avec complaisance ce qu'on attend de lui. Ce serait mépriser l'essence du genre, son ambiguïté fondamentale et redoutablement attractive, entre impératifs nauséeux et velléités de réflexion, entre humanisme naïf et violence exacerbée.